Le samedi 4 août, le temps est gris, il bruine et je tousse encore pas mal. Sur un magazine local, la photo curieuse d'une église ayant la forme d'un wigwam géant, recouverte de plaques de métal argenté attire mon attention. La photo m'intrigue et nous partons à la découverte de ce monument qui doit se trouver pas très loin de l'embouchure de la rivière Cascapedia. (Dans la dernière entrée, je me suis trompée, le nom de la rivière, c'était MATApédia, l'une veut dire "rivière large" et l'autre "grande rivière" ou quelque chose d'approchant, en langue mic-mac. Il existe aussi PATApédia dans le coin, mais pas WIKIpedia ;-) 

Les indications sur les cartes sont vagues, "Gesgapegiag" est le nom du village, mais on ne le trouve écrit nulle part. On tourne à gauche pour longer la rivière, pensant que le village se trouve peut-être à l'intérieur des terres. On s'arrête pour  contempler un pont ferroviaire qui enjambe la rivière et qui nous paraît bien branlant. On demande dans une épicerie qui nous renvoie en bord de mer, de l'autre côté de la 132. On s'y aventure, pas trop sûrs de nous et au bout d'un kilomètre ou deux, on la voit enfin, cette église si particulière, tipi géant aux maintes facettes argentées, surmonté de trois pointes figurant les poteaux soutenant le tipi et fenêtre triangulaires en hauteur, tout autour de la construction. Le clocher se trouve séparé du bâtiment, également recouvert de plaques argentées et surmonté d'une petite croix.

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La petite porte est ouverte, nous nous hasardons vers l'intérieur. Là se trouvent un homme et une femme assez âgés ainsi qu'un jeune homme noir. On demande si on peut visiter l'église. Oui, ce n'est pas l'entrée principale, mais on peut quand même l'utiliser, si bien que nous pénétrons dans l'église derrière l'autel.

Je vais avoir du mal à décrire l'impression ressentie en arrivant dans ce lieu. L'architecture intérieure de certains monastères (Sénanque? L'église de la Maguelonne?) me donne aussi ce sentiment soudain de grandeur, beauté, calme, paix, harmonie... L'intérieur d'un tipi surdimensionné, tout de bois clair, s'élevant jusqu'à un petit cercle au sommet, entouré de ces fenêtres triangulaires qui laissent entrer une belle lumière. Symétrie, géométrie dans l'espace qui semble calmer l'esprit... Comment décrire? Souffle et parole coupés...

Nous observons les quelques vitrines présentant des artefacts autochtones, la banière qui porte une image pieuse en 3D (comme certaines cartes postales). La statue de la sainte du lieu, avec son beau visage et ses longues nattes. (Catherine Tekakwitha, d'après le Guide du Routard, et dont une statue se trouve aussi à l'extérieur.)

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L'autel entouré d'ornements en petites perles indiennes multicolores, l'arbre surchargé de pièges à rêves tout à côté de l'autel et quelques statues de bois peint aux murs... 

Un décor mélé, mélangé, un peu surréel et quelques vieilles personnes, dont une tient un bébé dans ses bras, assises sur les bancs. En fait, la messe va bientôt commencer et nous comprenons que l'homme noir, c'est le prêtre qui va officier. Avant de commencer, il vient vers nous. Nous sommes assis sur le dernier banc, immobiles et silencieux. Il nous demande d'où nous venons. Jo commence à lui expliquer que nous venons de participer à une biennale de sculpture, où ont aussi été créées des sculptures religieuses, que le village d'où il vient célèbre la passion du Christ... Il écoute tout patiemment puis demande: vous voulez faire une exposition ici? Nous nous excusons en disant qu'il ne nous reste pas assez de temps, mais est-il sérieux, accepterait-il qu'on expose ici? "Why not?" répond-il avant de prendre congé en s'excusant presque d'avoir si peu de paroissiens. La messe commence en anglais et nous restons encore quelques instants à écouter les chants avant de nous éclipser discrètement.

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Ce mélange de chrétienté, d'art autochtone et d'un prêtre noir qui dit la messe en anglais, ça semble vraiment comme si on était entrés par effraction dans une autre dimension multiculturelle. Curieuse et profonde impression d'avoir découvert un pays sous l'autre pays officiel. Il n'y a pas de frontières claires. Sur les cartes, on voit indiqué "réserve indienne", mais on ne franchit pas de limites visibles et soudain on est dans un autre pays où "stop" se dit "Na qasi" et qui existe tout aussi réellement.

Et le lendemain, nous avons pu assister à un Pow Wow!