Le samedi 4, après l'église-wigwam, nous avons visité la boutique indienne sur la route 132, où j'ai acheté de jolis mocassins. J'ai demandé à la vendeuse s'il y avait un pow-wow les jours prochains dans les environs. Elle m'a répondu: aujourd'hui et demain à Listigouche. J'avais déjà lu ce nom sur le chemin de Carleton. Le dimanche, sous un soleil radieux, nous décidons donc de partir à la recherche du pow-wow, sachant que cela pourrait s'avérer compliqué, car il n'y a aucune annonce ou affiche officielle. Au bout d'un moment de route, on se demande si ça vaut la peine de continuer, car on ne voit toujours aucune indication. Jo se renseigne dans une station essence. Là, ils savent qu'il faut prendre la route à gauche juste avant le motel qui clignote, puis tourner à droite avant le grand pont. Nous voici rassurés quant à la réelle existence du pow-wow, et quand on arrive dans ce village avant le pont, on sait qu'on se trouve à nouveau sur un territoire des autochtones, car on y voit des casinos et de la réclame pour les "cigarettes indiennes". (Moins chères parce qu'ils ne paient pas de taxes.) Beaucoup de voitures sont garées là et des agents orientent la circulation. On est sur le bon chemin, c'était un peu comme un jeu de piste...

Sur une vaste prairie entre l'église et la mer, on a délimité un cercle, entouré de bancs et de chaises  et abrité du soleil brûlant par des bâches. Au milieu du cercle se trouve un grand poteau portant de diverses drapeaux. Nous nous trouvons une place assise et le spectacle est impressionnant. Les costumes, (qu'ils appellent "Regalia", parce qu'ils ne sont pas "costumés," ce n'est pas un carnaval!) sont divers, bariolés, longues franges, plumes d'aigle sur la tête et dans le dos, robes de cuir ou de tissu ornées de petites clochettes qui tintent à chaque pas pour les femmes.

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Un maître de cérémonie annonce les danses et qui va y participer. Certaines danses sont une sorte de compétition intertribale où il y a des prix à gagner, ce qui n'est pas le cas de tous les pow-wow, ai-je lu plus tard. D'autres danses sont réservées aux femmes.

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D'autres encore sont ouvertes à tous, même aux touristes, qui sont cependant fort peu nombreux. Aucune publicité n'est faite sur la tenue du pow-wow. C'est alors qu'au bout d'un moment, je ne résiste plus à me lancer sur la piste, les rythmes et les chants sont trop prenants, trop entraînants, tant pis pour le ridicule... ;-)

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À propos des chants, au début, assis à notre place on ne voyait et n'entendait que les hauts-parleurs et on supposait que c'étaient des chants enregistrés. Mais en nous déplaçant autour du cercle, nous découvrons le coin des musiciens, quatre groupes différents, réunis chacun autour d'un gros tambour, et qui frappent en rythme en émettant ces sons de gorge très forts et très étranges pour nos oreilles d'occidentaux, mais aussi très fascinants.

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Les danses se succèdent, la danse du tétras, les danses des chefs (qu'on ne doit pas photographier), les danses de compétition. Tout cela dure tout le weekend. je ne sais pas s'ils font une pause la nuit. Joanie dit qu'en principe il n'y a pas de pause.

Autour du cercle, des boutiques vendent des productions autochtones, de la nourriture, des boissons. Chacun se promène quand il ne danse pas ou se repose entre deux danses ou deux chants. Comme la veille, j'ai l'impression d'être transportée dans un autre monde que je ne saisis pas entièrement, mais ce n'est pas grave. On voit bien qu'il ne s'agit pas de "fête folklorique". Il y a un aspect sérieux, même s'il est ludique, dans le déroulement de la fête. Le touriste y est accepté s'il a réussi à venir jusque là, mais on l'ignore, on ne le regarde pas et je trouve ça tout à fait justifié. J'avais déjà fait cette expérience en Bolivie où les Aymaras ont le chic pour regarder à travers les Gringos sans les voir, s'ils ne veulent pas les voir!

Des photos, des vidéos, on peut en voir sur Youtube, comme on peut y trouver n'importe quoi. Mais l'atmosphère, le tambour et le chant qui prennent aux tripes, la danse colorée et rythmée qui envoute le corps et l'esprit, on ne peut pas les rendre sur un écran - et donc pas non plus sur un blog!-  On peut tout au plus en donner une petite idée.

Il faut se rappeler que ces rassemblements festifs furent longtemps interdits par les Blancs (jusque dans les années 50?) pour comprendre à quel point ils sont importants pour les premières nations, afin qu'elles retrouvent et réaffirment leur identité propre.

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"Vous avez été chanceux, dit Joanie, d'avoir pu assister à cela!"