Québec, Bavière: faits du même bois?

21 novembre 2018

Une conversation sur l'art

Longtemps après notre retour, je réfléchis à tout ce que j'ai appris, vu, pensé cet été à propos de l'art actuel, à ce qui me dépasse, à ce qui me laisse perplexe. Par exemple, des phrases telles que : "je ne sais pas peindre, je ne sais pas dessiner, mais je suis artiste."

Je me souviens aussi d'une de nos dernières conversations avec Natalie à propos des écoles d'art.

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J'avais de la difficulté à comprendre pourquoi au Québec, les Beaux-Arts font partie de l'université. Ce que Natalie nous a expliqué de cette manière: l'art est une science comme les autres, une facon d'appréhender le monde. Alors on doit pouvoir faire de la recherche en art.

Si l'on pose sa candidature quelque part, il faut déposer/exposer un "projet de recherche". Mais qu'est-ce que je recherche? Si je le savais, j'aurais déjà trouvé, dirait Marguerite Duras! Cet été, je me suis retrouvée propulsée parmi les "artistes", car si je ne sais pas peindre, sculpter ou dessiner, je sais en revanche me poser des questions sur les arts et écrire. (Est-ce de la "recherche"?)

L'art actuel semble se détacher des capacités manuelles de créer (peinture, sculpture, dessin) au profit de vidéo/installations/performance/art sur ordinateur. Comme avec les outils du grand-père de Natalie, qu'on observait ce soir-là en se demandant quelle avait été leur fonction exacte, va-t-on un jour exhiber un pinceau, une gouge, un maillet en se demandant: qu'est-ce qu'ils ont bien pu faire avec ça?

Les Beaux-Arts de Stuttgart ont supprimé le département de sculpture. Que feront les sculpteurs sur bois d'Oberammergau lorsqu'ils voudront continuer leur apprentissage dans une école d'art? Peut-être comme Johannes Volkmann feront-ils du théâtre ou des performances?

Époque charnière: en septembre, au Musée Fabre à Montpellier, je voulais voir les Soulages, belles peintures noires resplendissantes. Elles se trouvent au 5ème étage, il faut d'abord se coltiner des siècles de peintures traditionnelles. Immenses tableaux, qui au 17ème, 18ème, 19ème siècles, semblent  finir par représenter toujours les mêmes choses. Scènes horribles de la Bible, seins coupés, têtes coupées, massacres, corps renversés dans des postures effrayantes. Je dis à Jo. : après avoir vu tout ca, on comprend qu'il y ait un effet de saturation et qu'on ait vraiment envie de pointillisme, d'impressionisme, de cubisme et de dadaïsme! Besoin d'un tournant, d'un renouveau. Peut -être en est-il de même à présent?

Nous sommes aussi à un tournant, je pense, et il ne fait pas bon être un senior aujourd'hui dans quelque domaine que ce soit. On risque d'être emporté, balayé, oublié... on se fout du passé!

1968

 

(Photo-souvenir de 1868)

Cela signifie-t-il que ce que nous avons à dire est totalement dépassé? Que nos nombreuses années d'expérience de ce monde sont nulles parce que nous ne sommes pas nés dans l'ère numérique? Obsolescence des seniors? En fait, je n'y crois pas et je suis sûre que nous n'avons pas dit nos derniers mots dans nos "recherches"!

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Alors il faudra nous sauver nous-mêmes!

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06 novembre 2018

Le temps passe...

AUFRUF

Gestorben

wird

erst später

denn Straßen

gibt es

zu Hauf

noch Häuser

und Wälder 

zu begehen

ein Stern

zumindest 

ist

noch zu entdecken

und 

ein paar Gedanken

vielleicht

und Bilder

die ungesehen

 

gestorben

wird

erst später

(Klaus Hietkamp)

 

APPEL

On mourra

plus tard

car il y a

des rues

en masse

encore des maisons

et des forêts

à arpenter

au moins

une étoile

est

encore à découvrir

et

quelques pensées

peut-être

et des images

pas encore vues

 

On mourra

Plus tard!

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Voici déjà novembre et j'en profite pour insérer ce poème de Klaus Hietkamp, collègue et camarade de Jo., qui a déjà franchi allègrement le cap des 80 ans. (C'est fou le nombre de gens que je connais qui ont eu 80 ans cette année!)

Je trouve ce texte raffraîchissant et plein d'espoir, surtout en ce moment de l'année où l'on a l'impression que tout se meurt autour de nous. Non, dit Klaus, il y a encore une multitude de belles choses à découvrir!

Alors effectivement, on ne mourra que plus tard, puisqu'il y a par exemple une visite à Oberammergau de prévue, afin de déterminer les modalités de la futur expo "retour de Québec" en 2019.

J'aime bien y ajouter aussi cette installation de Ben, (Paris, 2017). Oui, le temps passe, inexorablement, mais "quelques pensées et des images pas encore vues" nous restent à découvrir!

Et peut-être découvrirons-nous même une étoile....

 

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24 octobre 2018

Carleton et Oberammergau. Passé et futur...

Que reste-t-il de notre été? Beaucoup de souvenirs qui reviennent parfois à l'improviste. Mais nous avons aussi à présent la perspective d'une exposition "retour de Québec" en 2019 à Oberamergau qui nous rassemblerait à nouveau (du moins la partie bavaroise) dans les vitrines du musée où nous exposerions les résultats de nos rencontres et de nos travaux.

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Voici le musée d'Oberammergau!

En consultant le site de "Vaste et Vague" où nous avions passé deux semaines du mois d'août en résidence d'artiste, j'ai appris que la famille Plouffe qui partageait avec nous la résidence s'était agrandie d'un petit garçon prénommé Zéphyr. Willkommen an Bord, petit garçon dans une famille d'artistes!

Le vernissage de l'exposition de Guillaume Plouffe a eu lieu à Carleton et je me suis souvenue des objets qu'ils collectaient en août, des séquences filmiques, des beaux cailloux de la grève arrangés par couleurs auxquels nous apportions parfois notre contribution. J'ai revu sur le barachois où nous nous baladions souvent à pied ou à vélo la cabane de "Dick à Saumure", un pêcheur  connu de Carleton au siècle dernier, à qui cette exposition était consacrée. J'espère que celle-ci a été visitée et appréciée.

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Avec la famille Plouffe à Percé pour la Biennale "Barachois in Situ"

Tous cela n'a pas encore été emporté par les flots de l'actualité quotidienne qui normalement noie tout sur son passage. "Savoir. Savoir-faire.Transmission. Continuité de la mémoire." les mots d'ordre du musée de la mémoire vivante!

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Quand nous aussi, nous faisions de "l'art in situ" ;-) !!

 

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05 octobre 2018

Sanaak et les Inuits

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Une des découvertes de ce séjour a été de constater la considération nouvelle accordée aux "premières nations". Justin Trudeau s'est excusé pour les malheur auxquelles elles ont été soumises. En 2008, Richard Desjardins avait sorti son film "le Peuple invisible" sur les Algonquins. Depuis, et peut-être aussi grâce à lui, ils semblerait que ces peuples aient acquis un peu plus de visibilité.

Natalie, qui connaît mon intérêt pour la question m'avait prêté "Sanaak"(Les éditions Alain Stanké, Québec, 2002): le récit d'une femme Innue, Mitiarjuk Nappaluk, née en 1931 au Nunavik. Écrit dans les années 50, "le premier roman inuit" a été publié en 1983. Sanaak est le nom de l'héroïne, dont on suit les aventures. Elle nous fait découvrir la vie des Inuits dans un environnement extrême et face à l'envahissement de leurs terres par les Blancs et leur civilisation. (En gros, 1930-1948) Les événements se télescopent dans sa mémoire et il ne faut pas s'attendre à un roman de facture occidentale. La narration n'est pas linéaire, ni datée, on mélange parfois les époques. On suit cependant avec un intérêt soutenu la vie de Sanaak, de sa sœur cadette Arnatuinak et de sa fille Kumak.

Elle décrit avec précision les objets et les actions quotidiennes, ce qui fait que le livre est aussi une sorte de glossaire de la langue inuit: cueillette, pêche au kayak ou sous la banquise, récolte d'œufs d' oiseaux, chasse et accidents divers, couture, cuisine et repas (la première vertèbre dorsale du phoque est la meilleure!) Les chiens jouent un grand rôle dans la vie quotidienne, ils sont souvent houspillés et traités de voleurs, car ils cherchent toujours la meilleure occasion pour chaparder un peu de nourriture supplémentaire.

Sannak refuse d'épouser un prétendant trop vieux qui ne pourra pas la soutenir dans ses tâches quotidiennes, mais elle accepte un homme plus jeune avec qui elle aura un second enfant, Galliusuk. Chaque chapitre est une petite vignette décrivant une aventure: pêche, chasse à l'ours, au phoque, au bélouga ou au lagopède... L'aventure des chasseurs perdus dans le blizzard est un chapitre vraiment angoissant par sa description très réaliste, et la solidarité entre les membres du clan est omniprésente.

"Sans les ainés, les Inuits ne sont rien, car il y a une foule de connaissances que seuls les ainés possèdent. Mes connaissances ne viennent pas de moi, mais de mes ancêtres. Je les possède en apparence, mais en fait elles viennent des gens qui m'ont précédée et je vous les transmets à vous tous pour tous vos descendants et tous vos parents"(p.159)

On ne peut que rester rêveur devant une telle affirmation, dans nos sociétés où les anciens sont dépassés par les innovations techniques et ne sont plus qu'une charge qu'il va bien falloir trainer jusqu'au bout... ;-)

La forme choisie est souvent celle d'un dialogue, ce qui rend le texte très vivant. On sent que l'auteur est issue d'une culture orale. Son style est alerte, fluide et vivant, un peu comme un scénario de film. Elle transcrit même les bruits et les cris d'animaux ou d'enfants.

On assiste à la construction d'un igloo, et à la vie dans celui-ci en hiver ainsi qu'au déménagement sus la tente à l'arrivée de l'été.

Lorsque les "Qallunat" (les Grands Sourcils) arrivent, descendant d'un navire, les Inuits sont un peu effrayés, mais voient vite que ce sont des êtres humains et acceptent leurs cadeaux. Alors, "ils travaillent à la construction d'une maison" , c'est à dire qu'ils viennent s'installer en pays inuit! On voit arriver les premiers missionaires et les Inuits doivent alors choisir entre catholicisme ou anglicanisme. On explique dans la postface que la première partie du livre (37 chapitres) a été rédigée à la demande d'un prêtre. Par conséquent et par une sorte d'autocensure, l'auteure, elle-même convertie, évite toute allusion aux croyances ancestrales et évoque un "kapianartuvik" (enfer) et un "quvianartuvik" (paradis), bien éloignés des croyances originelles.

La seconde partie a été rédigée à la demande d'un ethnologue. On y trouve des contes et légendes: le pécheur de truites ou la légende de Lumaajuk, le garçon aveugle au milieu des bélougas.

Elle ose alors aborder "les querelles de ménage." Sanaak est frappée si fort par son mari qu'elle doit être évacuée en avion vers un hôpital. Qualingu doit travailler chez les Blancs et succombe à une dépression. Sa sœur Arnatuinaq a une liaison avec le chef du magasin blanc et a une petite fille qui sera baptisée. Qumak et sa cousine partent très loin dans une école blanche où elles pleurent beaucoup,ressentant la nostalgie du pays perdu. Maatiusi est possédé par une "nulliarsaq", femme invisible aux très grands pouvoirs. L'auteure ose alors parler des esprits et de l'influence du monde invisible sur les comportements humains.

J'ai aimé ce livre si vivant qui, comme le souligne la postface est "un outil privilégié de rencontre avec une culture si attachante et soumise à tant de bouleversements" et qui montre en pointillés comment cette culture fut presque entièrement détruite par l'arrivée des "Grands sourcils".

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20 septembre 2018

Derniers jours à Montréal

Derniers jours à Montréal, où il ne faisait chertes plus si chaud qu'en juillet, mais encore très beau, ensoleillé et agréable. D'abord, nous avons dû trouver notre chemin depuis la gare routière jusque chez Natalie, trainant ces immenses valises, lourdes chacune de presque 23 kg. (Maximum autorisé) Certaines stations de métro n'ont pas d'escaliers mécaniques et c'était vraiment galère. J'ai eu de l'aide spontanée de gentlemen montréalais, mais ils faisaient une sale grimace quand ils découvraient le poids de la valise! Arrivés chez Nat. en terrain connu, le petit appartement dans ce grand ensemble communautaire, avec de minuscules jardins où l'on fait pousser la tomate, le basilique et les fleurs. Après le repas, on est descendu jusqu'au Fleuve, bien plus petit ici qu'à Saint Jean Port Joli, mais qui abrite quand même un grand port. Le lendemain nous avons refait une balade du côté du port et dans les quartiers les plus connus, le Vieux Montréal, là où se retrouvent des millions de touristes (beaucoup venus d'Asie) et où toutes les villes finissent malheureusement par se ressembler... J'ai acheté le dernier CD de Richard Desjardins (que je n'ai pas encore pu écouter car il est coincé dans le lecteur de la voiture et refuse de sortir :-(  . Sur l'avenue Sainte Catherine, rendue aux piétons, une partie de la "Fierté montréalaise" danse et flane, débordante de gaité.

Le lendemain, comme il faisait toujours chaud, nous avons eu envie de retourner au Parc du Mont Royal. À cause d'une course de vélos, le bus a suivi un chemin détourné, ce qui nous a permis de découvrir tout le quartier chic de la Côte Sainte Catherine, puis l'université de Montréal (pas Mac Gill, l'anglaise) au nord du parc. On peut probablement se perdre dans ce parc, très vaste, très fréquenté; en hiver on doit pouvoir en redescendre à skis. Nous avons revu le lac des castors et le petit restaurant sympathique où nous avions déjeuné le premier jour avec Natalie.

Tout en bas du parc, il y avait une "Fête du Tamtam". Toute une foule bigarrée était installée sur l'herbe.

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Ah oui l'herbe!! Déjà avant de sortir de la forêt, un nuage insistant et odorant d'herbe à fumer nous assaillait les narines.. C'est vrai que Monsieur Trudeau  en a pour bientôt autorisé l'usage... Des groupes de drummers dans tous les coins, des vendeurs de pacotilles variées, des joueurs de diabolo et des enfants qui courent partout  et grimpent sur le dos des majestueux lions de bronze.

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Montréal aime faire la fête, c'est certain.

Le quartier de Natalie est très agréable, pas trop touristique et pas trop résidentiel, des petites maisons dans des ruelles romantiques, avec un peu de fouillis sympathique dans les arrières-cours. Chaque soir, on entendait de la musique provenant d'un parc voisin. C'était aussi la fête des fiertés montréalaises et Natalie nous a indiqué que ça faisait déjà dix jours qu'ils faisaient la fête!. Le dernier soir on est donc allés manger dans une brasserie près du parc. (À présent il y a des micro-brasseries partout au Québec, tout le monde fait sa propre bière!) puis on est allé faire un tour à la fête des fiertés. Grande scène avec une chanteuse connue (dont j'ai oublié le nom:-(, gens de toutes sortes, de toutes tendances. Celles/ceux qu'on remarque le plus, ce sont les Drag-queens, splendidement habillées, pomponnées, maquillées, (désolée, je n'ai pas fait de photos) mais toute la foule est bigarrée, tatouée, enjouée... c'est drôle et on se sent bien.

Dernier jour, le 20 août, il faut ressortir ces satanées valises, les trainer sur leurs petites roulettes, les hisser dans le car qui nous ramène à l'aéroport. On est en train de démolir/reconstruire l'autoroute qui y mène, si bien que le car doit faire des détours et le trajet nous mène à côté de paysages de guerre, routes éventrées, ponts arrachés, armatures de bétons gisant partout... pas une belle vue pour finir avec ce Montréal si sympathique, mais j'imagine qu'ils doivent se hâter de finir les travaux avant l'arrivée du Général Hiver.

À l'aéroport, tout se passe bien, il faut enregistrer nos bagages nous-mêmes, mais cette fois, on était prévenus et avec un peu d'aide on y arrive. (Voir le retour d'Islande!!)

Un vol bien calme, une arrivée sans encombre à Saint Exupéry où l'on a la chance d'avoir un car tout de suite pour Valence. Chez S. on retrouve la voiture avec laquelle on va continuer vers notre maison des Cévennes. Une semaine de vacances pour se reposer de ces vacances si actives et si passionnantes!

Mais il faudra encore que je vous parle de Sanaak!

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17 septembre 2018

Derniers jours à Saint Jean Port Joli

L'envie de continuer à noter les derniers jours au Québec vient aussi de ce que cela donne l'illusion que le voyage n'est pas tout à fait terminé... Ainsi après avoir enseigné les histoires de mai 68 à de jeunes allemands plutôt sages, ne pensant pas trop à se révolter; après une belle semaine très ensoleillée dans les Cévennes, je pense à nouveau à Saint Jean Port Joli, où nous sommes revenus après Carleton, le 14 août. Tout de suite, nous avons fait un petit tour au Parc des Trois Bérets, pour voir ce qu'il restait de nos créations du mois de juillet. Le festival des chants de marins commençait le jour suivant et le parc était couvert de grandes tentes blanches qui abriteraient les performances des différents groupes de musiciens. Le grand panneau "Die Geburt der Tragödie" était toujours là, ayant résisté à la tempête. Ils ont fait du solide, Thomas et Caroline! En revanche, l'œuvre d'argile de Johanna et Mathilde s'était déjà bien effritée sous l'effet des marées et de la pluie, ainsi qu'elles l'avaient désiré.

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Le mur de pisé de Natalie semblait avoir résisté davantage, compact et imposant, toujours de sa belle couleur brun ocre, un peu grignoté sur les bords. Le "Saint Sébastien" de Matthieu était toujours sur place, et les miniatures de Sylvie restaient bien dissimulées et cependant visibles sur leur rocher.

Jo. avait ramené sa sculpture "Loop" chez Michel et il fallait à présent la remettre un peu en état, lui passer une nouvelle couche d'argile avant de la transplanter chez son heureux futur propriétaire. Il faut dire que cet achat fut une surprise, le coup de cœur d'une personne de Saint Jean Port Joli qui pendant une visite guidée avait déclaré tout net que cette sculpture ne pouvait quand même pas quitter les bords du fleuve, qu'elle devait rester là et qu'il la verrait fort bien dans son jardin. Donc, le mercredi, Jo s'est affairé à bichonner  le Loop tandis que je faisais un dernier tour dans les magasins en quête de quelques babioles à rapporter et visitant les lieux que nous allions quitter bientôt. Le port, le parc, le bar de la marine, la place de l'église... Le jeudi j'ai repris le vélo de Joannie pour rendre une dernière visite au Petit Fribourg et à sa plage de sable rouge... tant de souvenirs m'assaillent et l'idée qu'on ne reverra sans doute pas de sitôt cet endroit magique.

Le jeudi matin, Michel et Jo sont allés installer la sculpture dans son nouveau jardin, tout près du fleuve. Bien ancrée dans le béton, elle devrait résister aux tempêtes.

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Le soir, nous voulions inviter toute la famille à la Pizzeria, mais tout était réservé à cause du Festival. Nous avons donc commandé  ces délicieuses pizzas "Frutti di Mare" si richement garnies qu'elles me faisaient deux ou trois repas et nos les avons dégustées à la maison, tandis que je prenais des leçons de chanson québécoises avec Joannie et Michel, notant les noms de chanteurs et de chanteuses que l'on n'entend malheureusement jamais en France.

Le vendredi matin, c'était l'heure de boucler les valises. Popaul le berger est rentré le regard triste dans la chambre, comme s'il avait compris qu'on partait pour de bon.

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Jujube , le chat gardait la porte de l'atelier où il réside...

 

Après avoir retiré les appuis de la sculpture,  Michel nous a amenés à Québec-Sainte Foy pour prendre un car qui nous amènerait à Montréal où nous attendait Natalie pour les trois derniers jours.

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Les derniers temps, à Saint Jean Port Joli ou à Montréal, me revenaient spontanément des images du Schönberg ou du Lorettoberg, les paysages familiers de mes promenades quotidiennes. J'étais loin de penser "chouette, je rentre" mais c'était comme si mon corps ou mon esprit me disaient: allez hop, ça suffit, maintenant on rentre au bercail, vers les endroits connus. Et à présent, j'ai des "flash-back" de ces magnifiques lieux où je ne suis plus, avec une sorte de regret dans le cœur. Est-on jamais satisfait du lieu où l'on est, n'a-t-on pas toujours la nostalgie d'un "ailleurs"?

Prochaine entrée: Montréal, la ville qui semble s'amuser tout le temps!

 

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02 septembre 2018

Repartir à zéro

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Imaginer la terre comme un jardin d'Eden

Horizon sans frontières, russe ou américaine

Où personne ne s'amuse à jouer à la roulette

À qui sera le premier à faire sauter la planète

Revenir en arrière à des temps primitifs

Retrouver l'eau et l'air, est-ce un rêve naïf?

Avant Adam et Ève, le serpent et la pomme

S'inventer un pays qui n'appartient à personne

REPARTIR À ZÉRO  (X2)

S'en aller hors la loi, droit vers un nouveau monde

Ne plus vivre aux abois quand la menace gronde

Quand le moindre building ressemble à un bunker

Ne plus courber l'échine, avancer sans avoir peur.

Imaginer la terre comme un jardin d'Éden

À des années-lumières, et ta main dans la mienne

Aller au bout du rêve, ne serait-ce qu'un instant

Mais faire durer la trève et voir se lever le vent

REPARTIR À ZÉRO (X4)

Chanson de Peter Henry Phillips      ( https://www.youtube.com/watch?v=QBZcHxe1G21)

C'est un des souvenirs qui me reviennent : la chanson qu'avait choisie Chantal pour sa chorégraphie avec les jeunes filles qui avaient aussi rempli le cahier de doléances proposé par Johannes V. pour sa "Conférence des enfants," qui devrait bientôt débuter à la mi-septembre à Nuremberg. À l'heure où les ministres de l'écologie se désolent de crier dans le désert, on ferait peut-être bien d'écouter plus attentivement ce que disent les enfants qui auront à vivre dans le monde que nous leur laissons...

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À bientôt! 

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01 septembre 2018

Rencontre près du pont sur la Matapédia

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Nous avons quitté Carleton le mardi 14 août pour retourner à Saint Jean Port Joli et préparer la sculpture de Jo. pour son nouvel environnement. La famille Plouffe est partie le même jour que nous. Sur le chemin du retour nous nous sommes arrêtés sur une aire de repos qui se trouve juste à côté d'un pont couvert sur la Matapédia. Le genre de pont dont il est question dans le film "Sur la route de Madison". Tout de bois, peint en rouge, ouvertures sur l'extérieur à croisillons, toit argenté, une seule voie, mais empruntable par des voitures.

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Le temps est beau et nous voulons faire une petite pause pique-nique. Arrive alors vers nous un homme long et mince, sac au dos et une bouteille de plastique à la main. Il demande en français si nous n'aurions pas un peu d'eau pour lui. Nous en avons seulement dans une petite bouteille de laquelle on lui en transvase un peu dans la sienne. Nous nous présentons. Il porte un prénom composé du genre Jean-Mohammed. Son père est originaire de Marseille, mais peut-être Algérien. "Vous croyez que c'est possible?" Oui, les gens d'origine algérienne à Marseille ne manquent pas. En fait, il a été adopté et ne sait pas trop bien quelle est sa véritable histoire. Comme il voit qu'on va déjeuner, il demande si on n'aurait pas un petit quelque chose pour lui. Il a bien encore un paquet de cacahuètes, mais comme il a l'intention de continuer la route à pied, il aimerait bien les garder pour plus tard. Pas de problème, on va partager œufs durs, chips et tomates...

Je commence à comprendre que ce n'est pas un touriste ordinaire, ni un hippie "on the road". Il a très faim et dévore tout ce qu'on place devant lui. C'est un bel homme, il nous avoue 49 ans, quelques fils argentés dans sa chevelure très noire, des yeux foncés, mince, presque maigre et ses baskets ont connu des jours meilleurs. Peu à peu, il nous dévoile un peu plus de son histoire. Il vient d'Ottawa et après avoir été aide-soignant, il a été dépendant de la drogue (il ne dit pas laquelle) et interné en psychiatrie. Ce voyage représente une partie de la cure de désintoxication. Parfois à pied, parfois en stop, il parcourt le Canada et la dernière personne qui l'a pris l'a amené jusqu'en Gaspésie. Depuis Ottawa, ça fait un bout! À présent, il voudrait retourner chez lui à pied et une fois que la cure de désintoxication aura réussi,  devenir prédicateur. C' est sa véritable destination. Dieu lui a parlé et maintenant, il veut répandre la parole de Dieu. D'ailleurs, Dieu a pris totalement soin de lui pendant le voyage, il a toujours rencontré des gens généreux comme nous sur sa route depuis plusieurs mois. On lui a donné des chaussures, des vêtements, de la nourriture, tout cela est bien la preuve que Dieu veille sur lui. Il continue à dévorer le pain, le fromage, les chips. Je lui donne un œuf et une tomate pour la route... ah oui, un œuf, c'est bien, j'ai besoin d'énergie pour marcher, c'est très fatigant... En fait j'ai l'impression qu'il est à bout de forces, mais je me vois mal l'inviter à venir avec nous, vu que ce n'est pas notre voiture et nous n'allons pas chez nous. Je ne suis pas très sûre non plus de sa stabilité mentale. Le pique-nique terminé, je lui donne encore ce qu'il nous reste de chips et de pain et je lui souhaite une bonne continuation. Son regard devient soudain anxieux: je vous ai choqués? blessés? vexés? Pas du tout, mais on doit repartir, on nous attend ce soir. Bonne route, bonne chance... on part avec un petit sentiment de malaise parce qu'on sent bien qu'il est vulnérable, mais on ne voit pas ce qu'on peut faire de plus pour lui.

Tout ce que l'on peut souhaiter c'est que Dieu continue à s'occuper de lui, qu'il rentre sain et sauf à Ottawa et ne retombe pas dans la dépendance à la drogue.

Les yeux inquiets de Jean-Mohammed, son regard affamé, ses gestes maladroits, l'avidité avec laquelle il se jette sur la nourriture, comment il essaie d'obtenir un peu plus que ce que l'on est prêt à donner, sa confiance en un Dieu qui prendra soin de lui et dont il chantera plus tard les louanges... tout cela fait une drôle de rencontre avec un personnage qu'on n'avait pas prévu de rencontrer et qui nous fait penser à tous les enfants perdus, quel que soit leur âge, essayant désespérément de se sauver et de se raccrocher à un espoir...

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Où nous mène la route?

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30 août 2018

Souvenirs de Carleton

Bonjour! Rentrée chez moi après ce long périple, je m'aperçois que j'ai peu parlé de Carleton, tout occupée que j'étais à raconter la fin de la Biennale, le pow-wow et l'autre biennale de Barachois in situ. Pourtant, Carleton vaut bien qu'on en relate quelques souvenirs.

Notre premier point de chute, c'était le Quai des Arts où se trouve le Centre d'artiste Vaste et Vague et l'atelier où Jo. a (un peu) travaillé pendant ces deux semaines:

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(Une sorte de mise à plat de la sculpture réalisée à Saint Jean Port Joli)

 

Avec les enfants Plouffe, il a aussi créé une œuvre collective de gravure dont les enfants étaient satisfaits je crois. J'ai peu parlé de la maison où nous avons cohabité; nous au premier étage et la famille Plouffe au rez de chaussée. J'ai ressenti cette cohabitation comme très sympathique et enrichissante. Guillaume Plouffe fait des installations, des interventions, des performances en y incluant toute sa famille. C'est donc comme un collectif d'artistes. Il fait des recherches sur certains lieux chargés d'histoire, comme sur un quartier de la ville où ils habitent, ou bien sur un pécheur de Carleton, "Dick à Saumure" qui sera le thème de sa prochaine expo en octobre à Vaste et Vague. Nos goûts communs pour les histoires anciennes à ne pas laisser tomber dans l'oubli, pour les pierres colorées ou les bois flottés du littoral nous ont rapprochés. Ils nous ont appris que "La famille Plouffe" avait été un roman, puis une série télévisée québécoise  des années 60, très populaire à l'époque.

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Cette vaste maison blanche, verte et orange nous a abrités deux semaines et l'on s'y sentait bien, même si quelques fenêtres fermaient mal et qu'il y avait beaucoup d'araignées!

J'ai déjà mentionné le barachois, la caractéristique des villages littoraux de la Baie des Chaleurs. Nous avons pu les explorer à notre aise grâce aux deux vélos prétés par Guylaine. (Que ferait-on dans des villages si étendus sans vélo?) Passés devant la baraque du pêcheur "Dick à Saumure", sur la mince bande littorale extérieure où se trouve le camping, nous avons pu y admirer les invraisemblables camping-cars que nous n'avions vus jusqu'alors que sur la route. Je les avais comparés à des cars de touristes.Une fois leurs ailes latérales déployées, ils ressemblent plutôt à de gros avions patauds et semblent avoir autant de surface d'habitation que notre appartement à Fr!

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Au bar de la marine, près du port, nous avons souvent siroté notre bière au soleil couchant tandis que d'anciens hippies chantaient des succès des années 70 s'accompagnant à la guitare. Nostalgie, nostalgie...

Nous avons fait l'ascension du Mont Saint Joseph qui offre un beau panorama sur la ville, le barachois, la mer et le Nouveau Brunswick. Une suite de panneaux y expliquent les peuplements successifs de la Gaspésie et sa formation géologique.(C'est la fin des Appalaches)

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Nous avons rencontré un vieux monsieur menuisier qui fait des urnes funéraires en bois et qui a prêté des outils à Jo. Nous avons pris l'apéro dans le jardin de Guylaine en discutant des prochains échanges d'artistes à mettre en place. Elle nous a fait cadeau d'une branche de basilic et d'une belle tomate de son jardin. Je me demande toujours comment font les tomates pour pousser si vite, elles ont si peu de temps entre la fin d'un hiver et le début du suivant!

Nous avons mangé du fish and chips au restaurant du "Héron" et pris un verre aux "Quatre vents" juste en face de chez nous. Nous avons dégusté une glace au bar laitier avec Michel et sa famille qui revenaient de leurs vacances à Bonaventure avec la fameuse mini-roulotte.

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(À l'arrière plan, on aperçoit Vaste et Vague)

Nous avons rencontré Yves G. (président du CA du centre d'artistes) et sa femme dans leur jolie maison de Maria, en bordure de forêt. (Attention aux forêts! Dès qu'on y pénètre, les moustiques se ruent sur vous, ainsi qu'éventuellement les mouches noires qui vous arrachent des petits morceaux de peaux et ça démange pendant des jours et des jours!) Nous avons eu plaisir à discuter avec eux toute une soirée, partageant leur repas, avec framboises du jardin arrosées de sirop d'érable au dessert..

J'ai même réussi à me baigner, quand j'ai arrêté de tousser, dans cette "Baie des Chaleurs" qui n'est pas vraiment brûlante, mais rappelle un peu le climat de la Bretagne. Sur les rives, souvent couvertes de bois flottés, de jolis cailloux multicolores, de petits crustacés séchés et de coquillages, on est incité (surtout après la visite de la Biennale in situ!) à produire aussi de l'art éphémère, en regardant passer les vols de cormorans noirs ou de goélands cendrés à l'horizon...

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Oui, les jolis souvenirs de Carleton ne manquent pas. Il me manquait jusqu'à présent du temps pour les noter. Et j'aimerais encore raconter une rencontre que nous avons faite sur le chemin du retour vers Saint Jean Port Joli, mais ce sera pour une prochaine fois!

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20 août 2018

Je reviendrai à Montréal?

Dernier jour à Montréal... ce soir on prend l'avion pour le retour vers cette bonne vieille Europe. Mais j'aurai encore des choses à raconter sur nos derniers jours à Saint Jean Port Joli et les 3 jours à Montréal qui est une ville un peu folle mais très sympathique.

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Alors à bientôt pour d'autres nouvelles! Maintenant il faut essayer de tout faire entrer dans les valises et que ça ne dépasse pas 23 kilos. C'est lourd, le sucre d'érable!

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