Québec, Bavière: faits du même bois?

20 août 2018

Je reviendrai à Montréal?

Dernier jour à Montréal... ce soir on prend l'avion pour le retour vers cette bonne vieille Europe. Mais j'aurai encore des choses à raconter sur nos derniers jours à Saint Jean Port Joli et les 3 jours à Montréal qui est une ville un peu folle mais très sympathique.

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Alors à bientôt pour d'autres nouvelles! Maintenant il faut essayer de tout faire entrer dans les valises et que ça ne dépasse pas 23 kilos. C'est lourd, le sucre d'érable!

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16 août 2018

Art éphémère et mandalas

Après le pique-nique, nous continuons vers Barachois. En 2005 nous nous étions arrêtés à Percé et c'est bien dommage, car le paysage change totalement après Percé et devient plus montagneux, au bord de plages magnifiques. C'est sur l'une de ces plages, au bord d'un barachois qu'a lieu la biennale "Barachois in Situ", organisée par "Vaste et Vague," notre centre d'artistes à Carleton.

Je m'y rends de manière plus détachée qu'à Saint Jean Port Joli, car je n'ai pas assisté à toutes les préparations, pas suivi le travail des artistes depuis le premier août jusqu'au 11. Mais je perçois certaines similarités, pressentant que là aussi, une sorte de connivence et amitié s'est développée au fil des jours entre les participants. À quinze heures commence la visite guidée. Natalie Chicoine, artiste d'origine mic-mac, a réalisé une cage à homards géante à base de petites cages à homards. Hommage au travail de son père et de ses ancêtres. On peut y entrer et s'y sentir comme un homard pris au piège...

Mathieu Gotti a sculpté un bateau de bois, prêt à prendre la mer avec un singe sur le pont et trois bidons d'essence colorés et surdimensionnés. Jo. suggère: "quand on n'aura plus d'essence on redeviendra des singes?"

Loriane Thibodeau, comme d'autres artistes à Saint Jean Port Joli, s'est laissé inspirer par l'argile locale pour représenter des bornes fontaines à incendie qu'elle a ensuite remise à la mer afin que celle-ci accomplisse son travail de sape.

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Le petit chemin de fer à une seule voie est un élément omniprésent dans le paysage, mais il n'y passe plus de train. Alors on peut y installer momentanément une sculpture qui met en relief cet étrange monument enjambant la mer pour gagner la bande littorale du barachois. Une jolie perspective... (André Boisvert)

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Dory's Tremblay a installé de grands nids d'oiseaux migrateurs fictifs, au bas du pont ferroviaire. Plus loin, une spirale commençant dans le sable s'élève en tournoyant, bâtie de bois et d'algues rejetés par la mer.  (Bernard Hamel) Et toute une ligne d'hirondelles("riparia riparia") en plâtre semble contempler le large, perchées sur  des tiges de métal. Là aussi la mer a déjà prélevé son quota, sur la centaine d'oiseaux perchés créés par Pierre-Étienne Locas une trentaine ont déjà disparu.

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Nous assisterons encore à une chorégraphie qui commence dans les dunes et se termine sur la plage. (Andrée-Anne Giasson) Et pour terminer, nous observerons les "cabinets de curiosités en plein air" de Chloé B. Fortin, des sortes de boites où il faut coller son œil pour découvrir la silhouette d'une plante ou d'une feuille dans toute sa minuscule beauté, que l'on oublie souvent de regarder.

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Toutes ces créations ont pour vocation d'être éphémères. "Tout disparaîtra, mais le vent nous portera" (Noir Désir). Créer en sachant que l'œuvre sera bientôt anéantie par la nature, ainsi que l'ont fait sciemment Johanna et Mathilde, une leçon d'humilité? Nous savons que rien ne dure, même ce qui est gravé dans le marbre finira par disparaître un jour. Mais on a toujours une petite illusion d'éternité que l'on écrive, peigne ou sculpte. Cette chose que je fais me survivra. Les artistes de l'éphémère ont-ils abandonné cette idée-là? Les lamas tibétains créent avec les mandalas des images merveilleuses en sable de couleur. Une fois l'image terminée, ils la détruisent sans regrets afin de montrer la vanité de toute chose. Manifestement, je ne suis pas encore parvenue à cette sagesse...

Le soir, bière et saucisses pour tous, par une belle fin de journée où le soleil éclaire de plus en plus de biais ce fantastique paysage. Nous repartons ensuite au crépuscule avec la famille Plouffe pour un trajet d'au moins trois heures pour rentrer à la maison.

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Deux jours encore à Carleton, avant le retour vers Saint Jean Port Joli pour installer la sculpture dans le jardin du monsieur qui l'a achetée, puis départ pour Montréal pour deux jours encore. Eh oui le séjour tire à sa fin...

 

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Percé et son rocher

Samedi 11 août, partis de bon matin à l'arrière de la grande voiture de la famille Plouffe (qui est en résidence avec nous) nous longeons la côte pour aller à Percé en passant des villages de plus ou moins grande importance, New Rchmond, Bonaventure, New Carlisle, l'Anse à Beaufils... J'avais indiqué qu'en visitant les villages autochtones, j'avais pressenti un autre pays sous le pays touristique. En fait, plus ça va, plus je me rends compte à quel point la Gaspésie est un endroit compliqué. En plus des Mic-macs, il y a les Acadiens, (drapeau bleu-blanc-rouge, orné d'une étoile jaune) qui ont été chassés ou déportés par les Anglais jusqu'en Louisiane et qui sont revenus s'installer ici et ont fondé des villages comme Bonaventure. Mais il y eut aussi des loyalistes anglais/américains fuyant les États-Unis en 1776 après la déclaration d'Indépendance, pour rester fidèles à la couronne britannique. Et aussi des émigrés venant des iles anglo-normandes(Jersey, Guernesey) qui fondèrent, eux aussi des villages anglophones. Bref, un beau méli-mélo où les néophytes que nous sommes ont du mal à se retrouver!

À l'Anse à Beaufils, on s'est arrêté dans un magasin (ancienne usine à poissons) présentant des tableaux, des photos et des objets artisanaux. J'aime bien cette ancienne construction grammaticale, l'Anse à Beaufils, la Roche à Veillon, etc. qui paraît erronée en français de France, mais qu'on retrouve dans la chanson: c'est la faute à Voltaire et la faute à Rousseau.

Puis voici Percé et son célèbre rocher troué qui fait penser à Étretat.

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Juste en face se trouve l'ile de Bonaventure, sanctuaire des fous de bassans. Je raconte l'histoire du promontoire où il fallait déposer un dollar dans une boite pour avoir le droit de regarder la mer et le rocher. Eh bien maintenant, il y a une guérite avec une personne à l'intérieur qui encaisse les dollars. Plus moyen de tricher pour faire les 150 mètres qui séparent du grillage empêchant d'aller plus avant... Il semble que la côte s'est beaucoup érodée depuis 2005. Tout s'effrite et s'effondre peu à peu et les maisons du bord de l'eau se retrouvent en danger. Mais le paysage est toujours magnifique, surtout sous ce beau ciel bleu.

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Après le pique-nique à Percé, nous allons continuer ensuite vers Barachois où a lieu la Biennale in situ. Ce sera pour la prochaine fois!

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13 août 2018

Poèmes...

Quelques poèmes sur Carleton:

Ciels et mer en camaïeu de gris bleutés

Dans une chaleur moite, immobile:

La flèche noire d'un cormoran

 

Le soleil s'éparpille en flaques dorées sur la mer

Le soir se rapproche à pas feutrés

Sans regrets,

 

Wigwam

Wigwam géant, argenté

Pointant vers le ciel ses questions

Corbeau noir perché sur son sommet

 

Bois flotté, poli, lustré par les tempêtes

Échoué sur la grève, comme un long cimetière

Squelette dénudé parmi tes congénères

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Et pour les connaisseurs de Tintin: saurez-vous retrouver à quels épisodes ces deux photos font-elles allusion?

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Deuxième photo prise à la maison des artistes:

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Toutes les entrées, les fenêtres et les terrasses sont garnies d'araignées dodues qui montent et qui descendent sans cesse en tissant leur toile à l'affût d'éventuels moustiques. Heureusement, les fenêtres sont grillagées, mais j'en ai quand même retrouvé une près de mon lit. (Je l'ai tuée, malgré les remontrances de Jo!) et une dans la salle de bain qui s'est échappée...

À bientôt!

 

 

 

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10 août 2018

Le pow-wow de Listigouche

Le samedi 4, après l'église-wigwam, nous avons visité la boutique indienne sur la route 132, où j'ai acheté de jolis mocassins. J'ai demandé à la vendeuse s'il y avait un pow-wow les jours prochains dans les environs. Elle m'a répondu: aujourd'hui et demain à Listigouche. J'avais déjà lu ce nom sur le chemin de Carleton. Le dimanche, sous un soleil radieux, nous décidons donc de partir à la recherche du pow-wow, sachant que cela pourrait s'avérer compliqué, car il n'y a aucune annonce ou affiche officielle. Au bout d'un moment de route, on se demande si ça vaut la peine de continuer, car on ne voit toujours aucune indication. Jo se renseigne dans une station essence. Là, ils savent qu'il faut prendre la route à gauche juste avant le motel qui clignote, puis tourner à droite avant le grand pont. Nous voici rassurés quant à la réelle existence du pow-wow, et quand on arrive dans ce village avant le pont, on sait qu'on se trouve à nouveau sur un territoire des autochtones, car on y voit des casinos et de la réclame pour les "cigarettes indiennes". (Moins chères parce qu'ils ne paient pas de taxes.) Beaucoup de voitures sont garées là et des agents orientent la circulation. On est sur le bon chemin, c'était un peu comme un jeu de piste...

Sur une vaste prairie entre l'église et la mer, on a délimité un cercle, entouré de bancs et de chaises  et abrité du soleil brûlant par des bâches. Au milieu du cercle se trouve un grand poteau portant de diverses drapeaux. Nous nous trouvons une place assise et le spectacle est impressionnant. Les costumes, (qu'ils appellent "Regalia", parce qu'ils ne sont pas "costumés," ce n'est pas un carnaval!) sont divers, bariolés, longues franges, plumes d'aigle sur la tête et dans le dos, robes de cuir ou de tissu ornées de petites clochettes qui tintent à chaque pas pour les femmes.

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Un maître de cérémonie annonce les danses et qui va y participer. Certaines danses sont une sorte de compétition intertribale où il y a des prix à gagner, ce qui n'est pas le cas de tous les pow-wow, ai-je lu plus tard. D'autres danses sont réservées aux femmes.

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D'autres encore sont ouvertes à tous, même aux touristes, qui sont cependant fort peu nombreux. Aucune publicité n'est faite sur la tenue du pow-wow. C'est alors qu'au bout d'un moment, je ne résiste plus à me lancer sur la piste, les rythmes et les chants sont trop prenants, trop entraînants, tant pis pour le ridicule... ;-)

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À propos des chants, au début, assis à notre place on ne voyait et n'entendait que les hauts-parleurs et on supposait que c'étaient des chants enregistrés. Mais en nous déplaçant autour du cercle, nous découvrons le coin des musiciens, quatre groupes différents, réunis chacun autour d'un gros tambour, et qui frappent en rythme en émettant ces sons de gorge très forts et très étranges pour nos oreilles d'occidentaux, mais aussi très fascinants.

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Les danses se succèdent, la danse du tétras, les danses des chefs (qu'on ne doit pas photographier), les danses de compétition. Tout cela dure tout le weekend. je ne sais pas s'ils font une pause la nuit. Joanie dit qu'en principe il n'y a pas de pause.

Autour du cercle, des boutiques vendent des productions autochtones, de la nourriture, des boissons. Chacun se promène quand il ne danse pas ou se repose entre deux danses ou deux chants. Comme la veille, j'ai l'impression d'être transportée dans un autre monde que je ne saisis pas entièrement, mais ce n'est pas grave. On voit bien qu'il ne s'agit pas de "fête folklorique". Il y a un aspect sérieux, même s'il est ludique, dans le déroulement de la fête. Le touriste y est accepté s'il a réussi à venir jusque là, mais on l'ignore, on ne le regarde pas et je trouve ça tout à fait justifié. J'avais déjà fait cette expérience en Bolivie où les Aymaras ont le chic pour regarder à travers les Gringos sans les voir, s'ils ne veulent pas les voir!

Des photos, des vidéos, on peut en voir sur Youtube, comme on peut y trouver n'importe quoi. Mais l'atmosphère, le tambour et le chant qui prennent aux tripes, la danse colorée et rythmée qui envoute le corps et l'esprit, on ne peut pas les rendre sur un écran - et donc pas non plus sur un blog!-  On peut tout au plus en donner une petite idée.

Il faut se rappeler que ces rassemblements festifs furent longtemps interdits par les Blancs (jusque dans les années 50?) pour comprendre à quel point ils sont importants pour les premières nations, afin qu'elles retrouvent et réaffirment leur identité propre.

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"Vous avez été chanceux, dit Joanie, d'avoir pu assister à cela!"

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09 août 2018

L'église de Gesgapegiag

Le samedi 4 août, le temps est gris, il bruine et je tousse encore pas mal. Sur un magazine local, la photo curieuse d'une église ayant la forme d'un wigwam géant, recouverte de plaques de métal argenté attire mon attention. La photo m'intrigue et nous partons à la découverte de ce monument qui doit se trouver pas très loin de l'embouchure de la rivière Cascapedia. (Dans la dernière entrée, je me suis trompée, le nom de la rivière, c'était MATApédia, l'une veut dire "rivière large" et l'autre "grande rivière" ou quelque chose d'approchant, en langue mic-mac. Il existe aussi PATApédia dans le coin, mais pas WIKIpedia ;-) 

Les indications sur les cartes sont vagues, "Gesgapegiag" est le nom du village, mais on ne le trouve écrit nulle part. On tourne à gauche pour longer la rivière, pensant que le village se trouve peut-être à l'intérieur des terres. On s'arrête pour  contempler un pont ferroviaire qui enjambe la rivière et qui nous paraît bien branlant. On demande dans une épicerie qui nous renvoie en bord de mer, de l'autre côté de la 132. On s'y aventure, pas trop sûrs de nous et au bout d'un kilomètre ou deux, on la voit enfin, cette église si particulière, tipi géant aux maintes facettes argentées, surmonté de trois pointes figurant les poteaux soutenant le tipi et fenêtre triangulaires en hauteur, tout autour de la construction. Le clocher se trouve séparé du bâtiment, également recouvert de plaques argentées et surmonté d'une petite croix.

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La petite porte est ouverte, nous nous hasardons vers l'intérieur. Là se trouvent un homme et une femme assez âgés ainsi qu'un jeune homme noir. On demande si on peut visiter l'église. Oui, ce n'est pas l'entrée principale, mais on peut quand même l'utiliser, si bien que nous pénétrons dans l'église derrière l'autel.

Je vais avoir du mal à décrire l'impression ressentie en arrivant dans ce lieu. L'architecture intérieure de certains monastères (Sénanque? L'église de la Maguelonne?) me donne aussi ce sentiment soudain de grandeur, beauté, calme, paix, harmonie... L'intérieur d'un tipi surdimensionné, tout de bois clair, s'élevant jusqu'à un petit cercle au sommet, entouré de ces fenêtres triangulaires qui laissent entrer une belle lumière. Symétrie, géométrie dans l'espace qui semble calmer l'esprit... Comment décrire? Souffle et parole coupés...

Nous observons les quelques vitrines présentant des artefacts autochtones, la banière qui porte une image pieuse en 3D (comme certaines cartes postales). La statue de la sainte du lieu, avec son beau visage et ses longues nattes. (Catherine Tekakwitha, d'après le Guide du Routard, et dont une statue se trouve aussi à l'extérieur.)

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L'autel entouré d'ornements en petites perles indiennes multicolores, l'arbre surchargé de pièges à rêves tout à côté de l'autel et quelques statues de bois peint aux murs... 

Un décor mélé, mélangé, un peu surréel et quelques vieilles personnes, dont une tient un bébé dans ses bras, assises sur les bancs. En fait, la messe va bientôt commencer et nous comprenons que l'homme noir, c'est le prêtre qui va officier. Avant de commencer, il vient vers nous. Nous sommes assis sur le dernier banc, immobiles et silencieux. Il nous demande d'où nous venons. Jo commence à lui expliquer que nous venons de participer à une biennale de sculpture, où ont aussi été créées des sculptures religieuses, que le village d'où il vient célèbre la passion du Christ... Il écoute tout patiemment puis demande: vous voulez faire une exposition ici? Nous nous excusons en disant qu'il ne nous reste pas assez de temps, mais est-il sérieux, accepterait-il qu'on expose ici? "Why not?" répond-il avant de prendre congé en s'excusant presque d'avoir si peu de paroissiens. La messe commence en anglais et nous restons encore quelques instants à écouter les chants avant de nous éclipser discrètement.

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Ce mélange de chrétienté, d'art autochtone et d'un prêtre noir qui dit la messe en anglais, ça semble vraiment comme si on était entrés par effraction dans une autre dimension multiculturelle. Curieuse et profonde impression d'avoir découvert un pays sous l'autre pays officiel. Il n'y a pas de frontières claires. Sur les cartes, on voit indiqué "réserve indienne", mais on ne franchit pas de limites visibles et soudain on est dans un autre pays où "stop" se dit "Na qasi" et qui existe tout aussi réellement.

Et le lendemain, nous avons pu assister à un Pow Wow!

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08 août 2018

Arrivée à Carleton

Partis le matin du 31 juillet, nous longeons le Fleuve jusqu'à Rimouski sur 200 kilomètres, mais comme on est sur l'autoroute, on ne voit que des forêts d'épinettes, parfois un clocher au loin, ou les énormes silos des fermes disséminées dans le paysage. À Mont Joli, on vire à droite pour suivre le cours de la rivière Cascapédia, où l'on aperçoit de beaux lacs de chaque côté de la route. On s'arrête près de l'un d'eux pour se raffraîchir et faire une petite pause casse-croute.

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On s'arrête aussi à Amqui pour prendre un café, si près de la route que le vrombissement des camions nous empêche presque de nous entendre. La rivière Cascapédia arrive de l'autre côté de la Gaspésie et se jette dans "la Baie des Chaleurs", qui ce jour-là mérite bien son nom. Près de Listigouche, un pont relie la Gaspésie au Nouveau Brunswick.

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De petits villages se succèdent et s'étirent tout au long de la côte, jusqu'à Carleton, notre but. On trouve facilement le bâtiment qui abrite le Centre d'artistes "Vaste et Vague" et Maude nous montre le chemin de la maison où nous allons résider les deux prochaines semaines. Toit vert, murs blancs, escaliers et terrasse orange, elle a de l'allure cette maison! Après la petite roulotte et le petit chalet, nous sommes presque perdus dans cette vaste demeure, sa cuisine, son salon, sa terrasse, ses cinq chambres, dont nous occupons la plus grande au premier étage.

Quelques achats, un petit repas et une bonne bière sur la terrasse et nous voici prêts à passer notre première nuit à Carleton.

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La particularité de Carleton (et d'autres villages sur cette côte) ce sont les "Barachois" une sorte de grand étang salé, séparé de la mer par des bandes de terre, avec une entrée entre les deux bandes, ce qui fait que les marées s'y infiltrent aussi. C'est un refuge pour toutes sortes d'oiseaux. (Eiders, cormorans, goélands, hérons...) On y aperçoit aussi quatre yourtes flottantes qu'on peut louer et vers lesquelles il faut se rendre en barque.

À l'arrière-plan, des "montagnes", le Mont Saint Joseph fait un peu moins de 600 mètres, mais ce n'est pas rien quand on part du niveau de la mer. Peut-être s'y rendra-t-on quand le temps sera meilleur, il paraît qu'il y a de beaux sentiers de randonnée.

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La vie s'organise. Johannes fait des gravures avec des rouleaux à pâtisserie au Centre Vaste et Vague. C'est un centre d'artistes qui diffuse et produit des expositions et des événements in situ en art-nature et accueille des artistes en résidence. En ce moment se déroule une autre biennale à Percé,(200kms?) "Barachois in Situ", organisée par Guilaine, responsable du Centre et où nous aurons peut-être l'occasion de nous rendre en fin de semaine.

Nous partageons à présent la maison avec une famille d'artistes "la famille Plouffe",- deux parents et deux enfants- qui prépare une exposition à propos d'un personnage historique et folklorique de Carleton. Nous profitons des paysages et de nos vélos quand il fait beau et nous travaillons quand il pleut trop...

La prochaine fois, je vous raconterai nos expériences en pays mic-mac! (Autochtones de cette région)

À bientôt!

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07 août 2018

Le musée de la Mémoire Vivante

Le 30 août, dernier jour avant le départ pour Carleton, nous sommes repassés au Musée de la Mémoire Vivante pour démonter notre exposition "Je me souviens".

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 Judith Douville, une des fondatrices du Musée, en a profité pour enregistrer un petit entretien avec moi. Je tenais à savoir comment fonctionne ce musée qui a des buts si proches de ceux de l'APA (Association pour l'autobiographie) en France et du DTA (deutsche Tagebuch Archiv) en Allemagne, mais des méthodes différentes.

Je me sens tout intimidée dans cette petite pièce, face à un micro et une caméra, qui vont enregistrer mes mots, faits et gestes. Je suis tellement plus à l'aise avec l'écriture qu'avec la parole!

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Cependant, tout se passe bien, la complicité sympathique de Judith ote tout embarras à cette conversation familière. elle me pose quelques questions sur mes origines, mes rapports avec Saint Jean Port Joli, l'Allemagne et la France, la poésie et l'écriture, et avec l'APA. Tout vient naturellement et facilement. Une mini-autobiographie orale en 15 minutes!

Ensuite, nous passons dans la pièce où sont possibles les consultations de documents. Tout est numérisé. On peut faire des recherches par époque, par noms d'auteur, par thèmes et sélectionner ce que l'on a envie d'écouter ou de voir. Certains témoignages sont très courts, d'autres plus étoffés. Ce sont rarement des récits de vie complets, mais plutôt des témoignages ponctuels sur une pratique spéciale, un lieu de mémoire, un métier disparu...

Judith met elle-même en place des expositions (réelles au musée ou virtuelles sur le site) ayant des thèmes précis: la pêche à l'anguille, la collecte des herbes médicinales, la pratique du hockey sur glace... Dans quelque temps il y aura une exposition sur la pratique du journal intime: "Mais pourquoi écrivent-elles tant?", portant entre autres sur 4 générations de femmes ayant tenu un journal. On voit que les sujets sont variés.

Je demande comment on va à la quête de témoignages. Parfois, des appels sont lancés dans des journaux locaux, parfois ils arrivent spontanément ou par le bouche à oreille. Parfois ils sont sollicités par Judith et ses collaborateurs. Ils viennent de plus en plus loin, au fur et à mesure que la renommée du musée grandit.

Judith pratique une technique d'entretien semi-directif, comme pour les enquêtes sociologiques. Elle pose une question, sur laquelle on peut enchaîner par association d'idées, broder ou réfléchir plus en détails. Les autres personnes qui pratiquent ces entretiens reçoivent auparavant une formation.

Le côté informatisation est l'œuvre de Jean-louis Chouinard. C'est lui qui a conçu tout ce qui permet de naviguer parmi ces mémoires virtuelles.

Ce qui me surprend, moi venant de la vieille Europe et familière des pratiques de l'APA et du DTA où nous collectons avec délice les manuscrits avec leurs ornements, leurs illustrations, leurs photos, c'est que tout ici est numérisé. On privilégie le témoignage oral et visuel et les quelques témoignages écrits qui sont déposés sont consultables sur écran sur le site du musée. Un musée oral...

Si bien que lorsque je demande s'il y a une salle des archives, je me retrouve face à cela:

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Ici sont recueillies les mémoires du Québec...ainsi pas de soucis d'espace, de déménagement d'archives, etc.

Philippe Aubert de Gaspé, dont c'est le Manoir reconstruit, y a aussi sa salle bien sûr, que l'on peut visiter, mais comme il est annoncé sur le mur du hall d'entrée, il s'agit bien d'un "musée voué à la personne", aux récits, aux savoirs et savoir-faire et à la transmission. Une belle mission!

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06 août 2018

Tous pareils, tous différents

Qu'avons-nous appris au cours de cette rencontre? Sur le mode "clin d'œil", on peut constater que les sept Allemands savent à présent prononcer "Saint Jean Port Joli", tandis que les sept Québécois n'hésitent plus guère sur "Oberammergau." Ces rencontres ont permis nombre de discussions qui nous ont apporté beaucoup à chacun. La "vieille" Europe rencontre le "nouveau" monde: on constate que les camping-cars ont ici la taille de cars de touristes, que les motos sont aussi volumineuses que des voitures à trois roues et sans toit, que les paysages sont plus vastes, que les villages s'étendent à l'infini, que les maisons ne semblent pas très bien isolées pour résister au froid de l'hiver...

 Il serait exagéré de parler de "choc culturel", mais nous constatons des différences. Dans ce qui a trait aux normes et aux conceptions des choses et du monde. C'est alors qu'il faut faire le guet en apprenant à reconnaître ses jugements de valeurs quand on croit "décrire" objectivement. Se méfier des phrases essentialistes, (les Québécois SONT comme ci, les Allemands SONT comme ça), des phrases négatives (ils n'ont même pas de...) et trouver pour l'élément à première vue bizarre une interprétation dont la validité soit vérifiable. (Ces recommandations se trouvent dans le "Dictionnaire de l'altérité et des relations interculturelles" ;-)

Notre arrière-plan culturel n'est pas si différent. Nous sommes bien tous de culture occidentale, avec des racines gréco-romaines et chrétiennes. Mais peut-être y sommes-nous davantage liés/rattachés en Europe? Thomas H. joue avec les époques dans ses œuvres. Même si nous ne les avons pas vues en réalité, nous connaissons certaines œuvres de l'Antiquité, du Moyen-Âge, la Dame à la Licorne, l'art roman, les cathédrales, l'autel d'Isenheim, le baroque... peut-être les avons nous rencontrés dans nos livres d'histoire ou pendant un voyage. Elles nous entourent et sont d'une certaine manière familières. Nous sommes "lourds" du poids de tous ces siècles accumulés sur nos épaules.

L'histoire ancienne est-elle moins présente dans le nouveau monde? Sans doute l'étudie-t-on aussi,  mais elle est moins concrète. Et c'est sans doute une raison pour laquelle il y a tant de musées divers et variés ici : musée de la moto, des Anciens Canadiens, de la bataille de Ristigouche, de la mémoire vivante, de la rivière Cascapédia, des Acadiens... Ici aussi, il semble qu'on désire un ancrage dans la mémoire et des racines, simplement, celles-ci sont différentes et plus récentes.

Une Québécoise m'a parlé des relations complexes avec la religion. L'autorité cléricale absolue qui a régné si longtemps, les abus sexuels, les abus par rapport aux premières nations, dépouillées de leur culture et de leurs propres enfants. Toutes ces raisons font que la sculpture du Christ de Thomas H. est contextualisée de manière différente. Et c'est d'ailleurs ce qu'a fait volontairement l'autre Thomas S.: mettre un concept européen dans un contexte américain. "Die Geburt der Tragödie" change de sens dans son nouvel environnement. On peut s'y intéresser ou non, dit-il; il n'y a pas qu'une seule lecture possible. Et l'on pourrait sans doute en dire autant de chaque œuvre réalisée ici.

L'autre côté, c'est la découverte assez réjouissante des similitudes qui nous lient: certes, chaque artiste, chaque personne est fait d'un bois différent. Mais on m'a dit aussi : soit on est tous d'un bois différent, soit on est tous du même bois, et la nationnalité n'y joue qu'un rôle mineur: tous pareils, tous différents.

Ce que tous soulignent, c'est à quel point la rencontre a, dès le départ, bien fonctionné, combien elle a été fructueuse, combien c'était exaltant et facile, finalement, de développer un travail commun. Un voyage touristique sans ce but défini n'aurait jamais pu être aussi intense dans l'échange et le dialogue. Tous les groupes ont aussi communiqué entre eux et avec d'autres, extérieurs aux duos, par le biais de l'art. (Comment ça se passe pour vous, comment ça continue,  quels problèmes apparaissent, etc.) Une artiste s'étonnait de voir à quel point "ils pensaient pareil."

"Kunst verbindet einfach" (Johanna) : ce qui nous rapproche, c'est l'art.

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Discuter en dégustant un "souper bavarois"...

Il va être temps bientôt que je commence à vous parler de Carleton sur Mer, de la Gaspésie, des Premières Nations et des Acadiens.

Alors à bientôt!

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04 août 2018

Oiseaux et Marées

27 juillet.

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Que cet horizon immense et rectiligne, bordé de nuages flottants me manquera!

 

Le héron, à pas prudents, avance sans me quitter du regard

Les oies paissent, disséminées sur les rochers

La ligne d'horizon s'orne d'une mince trainée d'argent au ras du Fleuve

La marée monte en clapotant...

Nous enseignant la patience

Une mouette blessée traine l'aile et sautille

Un vol de corbeaux coasse au dessus de l'eau

Deux mouettes bavardent en remuant le cou

Un canard barbote dans une large flaque boueuse

La marée monte en clapotant...

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