Michi et Sylvie ne travaillaient pas dans les mêmes dimensions. Et pourtant leurs travaux se répondaient, se complétaient. 

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"Dance me to the end of love" à côté du cimetière, dans un coin ombragé et calme; ses femmes allongées, rappelant des silhouettes de montagnes, ses femmes dansantes s'élancant vers le ciel... Et tout près, de l'autre côté de la grotte, les femmes anonymes de Sylvie...

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...cachées dans les rochers, comme dans de petites grottes. Miniatures qui s'intègrent poétiquement dans un lieu, ici à l'opposé de la Vierge. Une mini-grotte comme un hommage à chacune de ces femmes anonymes. Un travail nommé "Sépia", la couleur de ces portraits. Ces deux travaux, chacun à leur manière interrogent le rôle de ces femmes qui bien souvent restent dans l'ombre.

Johannes et Natalie

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Le bloc de pisé de Natalie, horizontal et compact, de la belle couleur de la terre locale, comme un socle remis en question, ou un contrepoint, une réponse, un dialogue avec la sculpture de Johannes, verticale, légère, appelée "loop", la boucle sans fin, qui monte et descend comme les marées, ou les saisons; peinte avec l'argile du Fleuve, qui lui fait nouer un lien solide avec la sculpture de terre de Natalie.

Elle aussi souligne que collaborer, travailler avec quelqu'un d'autre, est riche, une couche supplémentaire de sens, un dialogue vrai, deux entités qui travaillent par mimétisme.

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Et merci au commissaire qui fait découvrir au public l'ensemble de ces travaux!

Les visiteurs sont tellement curieux que ces visites peuvent durer jusqu'à 3 heures. En Europe, les gens seraient peut-être moins ouverts, moins curieux, plus blasés. Ici, ils veulent qu'on leur explique, ils posent des questions, ils s'attardent sur les lieux. Je crois que ça fait vraiment plaisir aux artistes d'avoir un public attentionné.

Nous sommes cependant un peu fatigués. Entre deux visites, on s'allonge à l'ombre et on se ressource un peu. On se rend visite les uns aux autres et on échange des commentaires, des impressions.

Il est vrai qu'en Europe, moi qui ne suis pas une spécialiste de l'art contemporain, j'ai parfois un peu de gêne à demander: c'est quoi, c'est pourquoi, comment c'est fait, etc. Mais ici, j'ai vu naître les œuvres, j'ai suivi les difficultés, les échanges, les doutes et les victoires de chacun et surtout la profonde connivence entre les duos et cela me donne un regard tout autre sur les créations que j'espère avoir fait partager un peu à travers le blog. (Hier konnte ich von der Entstehung der Werke Zeuge sein und habe die Mühen, den Austausch, die Überlegungen, die Zweifel und die Glücksgefühle von jedem mitbekommen, sowie die tiefe Verbundenheit, die zwischen den Duos entstanden ist.)

J'ai assisté il y a quelque temps à une conférence de l'actuel directeur du CERN (Genève), là où se trouve l'accélérateur de particules et où ils ont découvert le "Boson de Higgs". Quesaco? Le conférencier était si clair que sur le coup, j'avais l'impression d'avoir tout compris et d'être moi aussi une brillante scientifique. Ça m'a passé depuis mais je n'ai pas oublié qu'il disait que des chercheurs de tous pays travaillaient côte à côte dans ce centre. (i.e. Israéliens et Palestiniens, Russes et Américains, Iraniens et Irakiens, Européens, Asiatiques, etc.) Tout cela se passait dans une grande harmonie  et une euphorie sans limites à la découverte du fameux Boson. C'est un peu ce que j'ai ressenti ici: le fait d'avoir un but commun, une mission à accomplir, nous rapprochait tellement (ok, on n'a pas découvert de bosons nouveaux, mais quand même...) que toutes les différences mineures étaient effacées et qu'on était un groupe humain soudé et heureux de créer quelque chose ensemble.