Le 30 août, dernier jour avant le départ pour Carleton, nous sommes repassés au Musée de la Mémoire Vivante pour démonter notre exposition "Je me souviens".

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 Judith Douville, une des fondatrices du Musée, en a profité pour enregistrer un petit entretien avec moi. Je tenais à savoir comment fonctionne ce musée qui a des buts si proches de ceux de l'APA (Association pour l'autobiographie) en France et du DTA (deutsche Tagebuch Archiv) en Allemagne, mais des méthodes différentes.

Je me sens tout intimidée dans cette petite pièce, face à un micro et une caméra, qui vont enregistrer mes mots, faits et gestes. Je suis tellement plus à l'aise avec l'écriture qu'avec la parole!

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Cependant, tout se passe bien, la complicité sympathique de Judith ote tout embarras à cette conversation familière. elle me pose quelques questions sur mes origines, mes rapports avec Saint Jean Port Joli, l'Allemagne et la France, la poésie et l'écriture, et avec l'APA. Tout vient naturellement et facilement. Une mini-autobiographie orale en 15 minutes!

Ensuite, nous passons dans la pièce où sont possibles les consultations de documents. Tout est numérisé. On peut faire des recherches par époque, par noms d'auteur, par thèmes et sélectionner ce que l'on a envie d'écouter ou de voir. Certains témoignages sont très courts, d'autres plus étoffés. Ce sont rarement des récits de vie complets, mais plutôt des témoignages ponctuels sur une pratique spéciale, un lieu de mémoire, un métier disparu...

Judith met elle-même en place des expositions (réelles au musée ou virtuelles sur le site) ayant des thèmes précis: la pêche à l'anguille, la collecte des herbes médicinales, la pratique du hockey sur glace... Dans quelque temps il y aura une exposition sur la pratique du journal intime: "Mais pourquoi écrivent-elles tant?", portant entre autres sur 4 générations de femmes ayant tenu un journal. On voit que les sujets sont variés.

Je demande comment on va à la quête de témoignages. Parfois, des appels sont lancés dans des journaux locaux, parfois ils arrivent spontanément ou par le bouche à oreille. Parfois ils sont sollicités par Judith et ses collaborateurs. Ils viennent de plus en plus loin, au fur et à mesure que la renommée du musée grandit.

Judith pratique une technique d'entretien semi-directif, comme pour les enquêtes sociologiques. Elle pose une question, sur laquelle on peut enchaîner par association d'idées, broder ou réfléchir plus en détails. Les autres personnes qui pratiquent ces entretiens reçoivent auparavant une formation.

Le côté informatisation est l'œuvre de Jean-louis Chouinard. C'est lui qui a conçu tout ce qui permet de naviguer parmi ces mémoires virtuelles.

Ce qui me surprend, moi venant de la vieille Europe et familière des pratiques de l'APA et du DTA où nous collectons avec délice les manuscrits avec leurs ornements, leurs illustrations, leurs photos, c'est que tout ici est numérisé. On privilégie le témoignage oral et visuel et les quelques témoignages écrits qui sont déposés sont consultables sur écran sur le site du musée. Un musée oral...

Si bien que lorsque je demande s'il y a une salle des archives, je me retrouve face à cela:

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Ici sont recueillies les mémoires du Québec...ainsi pas de soucis d'espace, de déménagement d'archives, etc.

Philippe Aubert de Gaspé, dont c'est le Manoir reconstruit, y a aussi sa salle bien sûr, que l'on peut visiter, mais comme il est annoncé sur le mur du hall d'entrée, il s'agit bien d'un "musée voué à la personne", aux récits, aux savoirs et savoir-faire et à la transmission. Une belle mission!